Cours 1ère Bac SM

Ensembles et applications SM

29 min de lecture · Ensembles et applications
Table des matières
  1. Ensembles : extension et compréhension
    1. Notion d’ensemble et d’appartenance
    2. Définition d’un ensemble par extension
    3. Définition d’un ensemble par compréhension
    4. Diagrammes de Venn
  2. Inclusion et égalité
    1. Inclusion
    2. Égalité de deux ensembles
    3. Propriétés de l’inclusion
  3. Ensemble des parties d’un ensemble
    1. Définition
    2. Exemples
    3. Cardinal de \(\mathcal{P}(E)\)
  4. Opérations sur les ensembles
    1. Complémentaire
    2. Intersection
    3. Réunion
    4. Propriétés algébriques
    5. Distributivité et lois de De Morgan
    6. Inclusion et opérations
    7. Différence et différence symétrique
  5. Produit cartésien
    1. Couple ordonné
    2. Produit cartésien de deux ensembles
    3. Propriétés
  6. Applications : définition et égalité
    1. Définition d’une application
    2. Égalité de deux applications
    3. Restriction et prolongement
  7. Image directe et image réciproque
    1. Image directe d’une partie
    2. Image réciproque d’une partie
    3. Propriétés
  8. Injection, surjection, bijection
    1. Application injective
    2. Application surjective
    3. Application bijective
    4. Bijection réciproque
  9. Composition d’applications
    1. Définition
    2. Propriétés
    3. Décomposition d’une application
  10. Synthèse
    1. Correspondance logique – opérations ensemblistes
    2. Synoptique des opérations
    3. Caractérisations injection / surjection / bijection
    4. Pièges classiques

Ensembles et Applications
1ère Année Baccalauréat – Sciences Mathématiques

Ensembles : extension et compréhension

Activité

On considère les collections suivantes :

  1. Les entiers naturels \(n\) vérifiant \(n^2 \leq 30\).

  2. Les nombres entiers compris entre \(5\) et \(9\) (au sens large).

  3. Les solutions réelles de l’équation \(x^2 - 3x + 2 = 0\).

  4. Les rectangles dont la longueur vaut \(7\,\)cm.

Pour chaque collection : donner la liste explicite de ses éléments lorsque c’est possible. Si la liste est trop longue (ou infinie), expliquer comment caractériser un élément.

Notion d’ensemble et d’appartenance

Définition

Un ensemble \(E\) est une collection (non ordonnée, sans répétition) d’objets bien définis, appelés éléments de \(E\).

Si \(x\) est un élément de \(E\), on écrit \(x \in E\) (lu « \(x\) appartient à \(E\) »). Sinon, \(x \notin E\).

Remarque
  • Un ensemble est entièrement déterminé par la liste de ses éléments : \(\{1, 2, 3\} = \{3, 1, 2\} = \{1, 2, 2, 3\}\).

  • L’ensemble vide, noté \(\emptyset\), est l’ensemble sans aucun élément : \((\forall x)\; x \notin \emptyset\).

  • Le singleton \(\{a\}\) est l’ensemble qui contient exactement l’élément \(a\).

  • Attention : ne pas confondre \(a\) et \(\{a\}\). Par exemple, \(1 \in \{1\}\) mais \(1 \neq \{1\}\) et \(\{1\} \in \{\{1\}\}\).

Définition d’un ensemble par extension

Définition

Définir un ensemble par extension, c’est en donner la liste explicite et complète des éléments, entourés d’accolades, séparés par des points-virgules.

Exemple

Quelques ensembles définis par extension :
\[A = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,4\,;\,5\} \quad ; \quad B = \{-2\,;\,-1\,;\,0\,;\,1\,;\,2\} \quad ; \quad C = \{\sqrt{2}\,;\,\pi\,;\,\mathrm{e}\}.\]
Pour les ensembles infinis ou à grand nombre d’éléments, on utilise des points de suspension lorsque la règle de progression est claire :
\[\mathbb{N} = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,\ldots\} \quad ; \quad \{0\,;\,2\,;\,4\,;\,6\,;\,\ldots\,;\,100\}.\]

Définition d’un ensemble par compréhension

Définition

Définir un ensemble par compréhension, c’est donner une propriété caractéristique \(P(x)\) que vérifient exactement ses éléments. On écrit :
\[E = \{\, x \in F \;|\; P(x)\,\} \qquad \text{ou} \qquad E = \{\, x \in F\, : \,P(x)\,\}\]
qui se lit « \(E\) est l’ensemble des \(x\) de \(F\) tels que \(P(x)\) ».

Exemple

Quelques ensembles définis par compréhension :

\(\bullet\) \(A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n \leq 5\,\} = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,4\,;\,5\}\).

\(\bullet\) \(B = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 + x - 6 = 0\,\} = \{-3\,;\,2\}\).

\(\bullet\) \(C = \{\, 2k+1 \;|\; k \in \mathbb{N}\,\} = \{1\,;\,3\,;\,5\,;\,7\,;\,\ldots\}\) : ensemble des entiers naturels impairs.

\(\bullet\) \(D = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 + 1 = 0\,\} = \emptyset\) : aucune solution réelle.

Diagrammes de Venn

Un diagramme de Venn est une représentation graphique d’un ou plusieurs ensembles : chaque ensemble est figuré par une courbe fermée du plan, et les éléments sont placés à l’intérieur ou à l’extérieur de cette courbe.

Sur le diagramme, \(A = \{1,3,5,7\}\) est inclus dans l’ensemble de référence \(E = \{1,2,3,5,7,8\}\).

Application
  1. Écrire en extension : \(A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n^2 < 25\,\}\) ; \(B = \{\, x \in \mathbb{Z} \;|\; |x| \leq 3\,\}\) ; \(C = \{\, k \in \mathbb{N}^* \;|\; k\, \text{ divise }\, 12\,\}\).

  2. Écrire en compréhension : \(D = \{1\,;\,4\,;\,9\,;\,16\,;\,25\,;\,\ldots\}\) ; \(F = \{2\,;\,4\,;\,8\,;\,16\,;\,32\,;\,\ldots\}\) ; \(G = \{-3\,;\,-1\,;\,1\,;\,3\}\).

Inclusion et égalité

Inclusion

Définition

Soient \(A\) et \(B\) deux ensembles. On dit que \(A\) est inclus dans \(B\) (ou que \(A\) est une partie de \(B\), ou un sous-ensemble de \(B\)), et on note \(A \subset B\), si tout élément de \(A\) est aussi élément de \(B\) :
\[A \subset B \;\;\Leftrightarrow\;\; (\forall x)\; (x \in A \Rightarrow x \in B).\]
La négation se note \(A \not\subset B\) et s’écrit : \((\exists x)\; (x \in A \,\text{ et }\, x \notin B)\).

Exemple

Quelques inclusions usuelles :
\[\mathbb{N} \subset \mathbb{Z} \subset \mathbb{Q} \subset \mathbb{R} \subset \mathbb{C}.\]
\[\{1,2\} \subset \{1,2,3\} \quad ; \quad \{0,2,4\} \subset 2\mathbb{N} \quad ; \quad \emptyset \subset E \text{ pour tout ensemble } E.\]

Égalité de deux ensembles

Définition

Deux ensembles \(A\) et \(B\) sont égaux, et on écrit \(A = B\), lorsqu’ils possèdent exactement les mêmes éléments :
\[A = B \;\;\Leftrightarrow\;\; (\forall x)\; (x \in A \,\Leftrightarrow\, x \in B).\]

Proposition

Pour deux ensembles \(A\) et \(B\) :
\[A = B \;\;\Leftrightarrow\;\; (A \subset B \,\text{ et }\, B \subset A).\]

Démonstration

(\(\Rightarrow\)) Si \(A = B\), tout élément de \(A\) est dans \(B\) (donc \(A \subset B\)) et tout élément de \(B\) est dans \(A\) (donc \(B \subset A\)).

(\(\Leftarrow\)) Supposons \(A \subset B\) et \(B \subset A\). Soit \(x\) quelconque.

\(\bullet\) Si \(x \in A\), par \(A \subset B\), \(x \in B\).

\(\bullet\) Si \(x \in B\), par \(B \subset A\), \(x \in A\).

Donc \(x \in A \Leftrightarrow x \in B\), ce qui équivaut à \(A = B\). \(\square\)

Méthode

Pour démontrer une égalité \(A = B\), on procède très souvent par double inclusion :

  1. Montrer que \(A \subset B\) : prendre \(x \in A\) et démontrer \(x \in B\).

  2. Montrer que \(B \subset A\) : prendre \(x \in B\) et démontrer \(x \in A\).

Propriétés de l’inclusion

Proposition

Soient \(A\), \(B\), \(C\) des ensembles.

(a) Réflexivité : \(A \subset A\).

(b) Transitivité : \((A \subset B \,\text{ et }\, B \subset C) \Rightarrow A \subset C\).

(c) Antisymétrie : \((A \subset B \,\text{ et }\, B \subset A) \Rightarrow A = B\).

Démonstration

(b) Transitivité. Soient \(x \in A\). Comme \(A \subset B\), \(x \in B\). Comme \(B \subset C\), \(x \in C\). Donc \(x \in A \Rightarrow x \in C\), ce qui prouve \(A \subset C\).

(a) et (c) sont immédiates par la définition. \(\square\)

Exemple

Montrer que \(A = B\), où :
\[A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n^2 \leq 9\,\} \quad ; \quad B = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\}.\]

Application
  1. Montrer que \(A = B\), où \(A = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 - 4 = 0\,\}\) et \(B = \{-2\,;\,2\}\).

  2. Montrer que \(C \subset D\), où \(C = \{\, 4k \;|\; k \in \mathbb{Z}\,\}\) et \(D = \{\, 2n \;|\; n \in \mathbb{Z}\,\}\). A-t-on \(C = D\) ?

  3. Montrer que \(\emptyset \subset E\) pour tout ensemble \(E\).

Ensemble des parties d’un ensemble

Définition

Définition

Soit \(E\) un ensemble. L’ensemble des parties de \(E\), noté \(\mathcal{P}(E)\) (ou \(\mathcal{P}(E)\)), est l’ensemble dont les éléments sont toutes les parties (sous-ensembles) de \(E\) :
\[\mathcal{P}(E) = \{\, A \;|\; A \subset E\,\}.\]
On a donc l’équivalence fondamentale :
\[A \in \mathcal{P}(E) \;\;\Leftrightarrow\;\; A \subset E.\]

Remarque

Distinction cruciale entre \(\in\) et \(\subset\) :

  • « \(x \in E\) » : \(x\) est un élément de \(E\).

  • « \(A \subset E\) » : tous les éléments de \(A\) sont éléments de \(E\) ; mais \(A\) lui-même est un ensemble, pas un élément de \(E\).

  • « \(A \in \mathcal{P}(E)\) » : ici \(A\) est un élément de l’ensemble \(\mathcal{P}(E)\) ; c’est équivalent à \(A \subset E\).

Toujours, \(\emptyset \in \mathcal{P}(E)\) et \(E \in \mathcal{P}(E)\).

Exemples

Exemple

Soit \(E = \{a, b, c\}\). L’ensemble des parties de \(E\) comporte \(2^3 = 8\) éléments :
\[\mathcal{P}(E) = \bigl\{\, \emptyset,\;\{a\},\;\{b\},\;\{c\},\;\{a,b\},\;\{a,c\},\;\{b,c\},\;\{a,b,c\}\,\bigr\}.\]

Exemple

Soit \(E = \{1\}\). Alors \(\mathcal{P}(E) = \{\emptyset,\, \{1\}\}\), qui compte \(2\) éléments.

Soit \(E = \emptyset\). Alors \(\mathcal{P}(\emptyset) = \{\emptyset\}\), qui compte \(1\) élément : \(\mathcal{P}(\emptyset)\) est non vide !

Cardinal de \(\mathcal{P}(E)\)

Proposition

Si \(E\) est un ensemble fini de cardinal \(n\) (i.e. ayant \(n\) éléments), alors \(\mathcal{P}(E)\) est fini et :
\[\mathrm{Card}\bigl(\mathcal{P}(E)\bigr) = 2^n.\]

Démonstration

Démonstration par récurrence sur \(n\).

Initialisation (\(n = 0\)). Si \(\mathrm{Card}(E) = 0\), alors \(E = \emptyset\) et \(\mathcal{P}(\emptyset) = \{\emptyset\}\), qui a \(1 = 2^0\) élément.

Hérédité. Supposons la propriété vraie pour tout ensemble à \(n\) éléments. Soit \(E\) un ensemble de cardinal \(n + 1\). Fixons \(a \in E\) et posons \(E' = E \setminus \{a\}\) (qui a \(n\) éléments).

Les parties de \(E\) se répartissent en deux catégories disjointes :

  • celles qui ne contiennent pas \(a\) : ce sont exactement les parties de \(E'\).

  • celles qui contiennent \(a\) : ce sont exactement les ensembles de la forme \(A \cup \{a\}\) avec \(A \subset E'\).

La première catégorie a \(\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E')) = 2^n\) éléments par hypothèse de récurrence. Pour la seconde, l’application
\[\Phi : \mathcal{P}(E') \to \bigl\{\, B \subset E \;|\; a \in B\,\bigr\}, \quad A \mapsto A \cup \{a\}\]
est bijective : son inverse est \(B \mapsto B \setminus \{a\}\). La seconde catégorie a donc aussi \(2^n\) éléments. Donc
\[\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E)) = 2^n + 2^n = 2^{n+1}.\]
\(\square\)

Application
  1. Donner explicitement \(\mathcal{P}(\{1,2,3,4\})\). Combien d’éléments ?

  2. Soit \(E\) tel que \(\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E)) = 16\). Que vaut \(\mathrm{Card}(E)\) ?

  3. Vrai ou faux ? Justifier.

    1. \(\emptyset \in \mathcal{P}(\{1,2\})\).

    2. \(\{1\} \subset \mathcal{P}(\{1,2\})\).

    3. \(\{\{1\}\} \in \mathcal{P}(\{1,2\})\).

    4. \(\{\{1\}\} \subset \mathcal{P}(\{1,2\})\).

Opérations sur les ensembles

Dans toute cette section, \(A\), \(B\), \(C\) désignent des parties d’un ensemble de référence \(E\) (appelé ensemble univers).

Complémentaire

Définition

Le complémentaire de \(A\) dans \(E\), noté \(\mathrm{C}_E^A\) ou simplement \(\overline{A}\) lorsque l’univers \(E\) est clair, est l’ensemble des éléments de \(E\) qui n’appartiennent pas à \(A\) :
\[\overline{A} = \{\, x \in E \;|\; x \notin A\,\}.\]
On a donc : \(\;x \in \overline{A} \;\Leftrightarrow\; (x \in E \,\text{ et }\, x \notin A)\).

Proposition

Pour toute partie \(A\) de \(E\) :
\[\overline{\emptyset} = E \quad ; \quad \overline{E} = \emptyset \quad ; \quad \overline{\bigl(\overline{A}\bigr)} = A.\]

Démonstration

\(\overline{(\overline{A})} = A\) : pour tout \(x \in E\),
\[x \in \overline{(\overline{A})} \;\Leftrightarrow\; (x \in E \wedge x \notin \overline{A}) \;\Leftrightarrow\; (x \in E \wedge x \in A) \;\Leftrightarrow\; x \in A,\]
la dernière équivalence venant de \(A \subset E\). \(\square\)

Intersection

Définition

L’intersection de \(A\) et \(B\), notée \(A \cap B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à \(A\) et à \(B\) :
\[A \cap B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \in B\,\}.\]

Réunion

Définition

La réunion de \(A\) et \(B\), notée \(A \cup B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à \(A\) ou à \(B\) (au sens inclusif) :
\[A \cup B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ ou }\, x \in B\,\}.\]

Propriétés algébriques

Proposition

Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\).

(a) Commutativité : \(\;A \cap B = B \cap A\) et \(A \cup B = B \cup A\).

(b) Associativité : \(\;(A \cap B) \cap C = A \cap (B \cap C)\) et \((A \cup B) \cup C = A \cup (B \cup C)\).

(c) Idempotence : \(\;A \cap A = A\) et \(A \cup A = A\).

(d) Éléments neutres : \(\;A \cap E = A\), \(\;A \cup \emptyset = A\), \(\;A \cap \emptyset = \emptyset\), \(\;A \cup E = E\).

(e) Inclusions : \(\;A \cap B \subset A \subset A \cup B\).

(f) Avec le complémentaire : \(\;A \cap \overline{A} = \emptyset\) et \(A \cup \overline{A} = E\).

Démonstration

Commutativité de \(\cap\) : pour tout \(x \in E\),
\[x \in A \cap B \;\Leftrightarrow\; (x \in A) \wedge (x \in B) \;\Leftrightarrow\; (x \in B) \wedge (x \in A) \;\Leftrightarrow\; x \in B \cap A,\]
grâce à la commutativité de la conjonction logique. Les autres propriétés se démontrent de manière analogue, en remontant aux propriétés des connecteurs logiques. \(\square\)

Distributivité et lois de De Morgan

Théorème

Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\).

Distributivité :
\[A \cap (B \cup C) = (A \cap B) \cup (A \cap C)\]
\[A \cup (B \cap C) = (A \cup B) \cap (A \cup C)\]

Lois de De Morgan :
\[\overline{A \cap B} = \overline{A} \cup \overline{B} \quad ; \quad \overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B}.\]

Démonstration

Distributivité de \(\cap\) sur \(\cup\). Pour tout \(x \in E\) :
\[\begin{align*} x \in A \cap (B \cup C) &\;\Leftrightarrow\; (x \in A) \wedge \bigl((x \in B) \vee (x \in C)\bigr) \\ &\;\Leftrightarrow\; \bigl((x \in A) \wedge (x \in B)\bigr) \vee \bigl((x \in A) \wedge (x \in C)\bigr) \quad \text{(distributivité de } \wedge \text{ sur } \vee \text{)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in A \cap B) \vee (x \in A \cap C) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in (A \cap B) \cup (A \cap C). \end{align*}\]

Loi de De Morgan. Pour tout \(x \in E\) :
\[\begin{align*} x \in \overline{A \cap B} &\;\Leftrightarrow\; x \notin A \cap B \\ &\;\Leftrightarrow\; \overline{\bigl((x \in A) \wedge (x \in B)\bigr)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \notin A) \vee (x \notin B) \quad \text{(De Morgan logique)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in \overline{A}) \vee (x \in \overline{B}) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in \overline{A} \cup \overline{B}. \end{align*}\]
\(\square\)

Inclusion et opérations

Proposition

Pour deux parties \(A\) et \(B\) de \(E\), les propositions suivantes sont équivalentes :
\[(1)\;\; A \subset B \quad ; \quad (2)\;\; A \cap B = A \quad ; \quad (3)\;\; A \cup B = B \quad ; \quad (4)\;\; \overline{B} \subset \overline{A}.\]

Démonstration

\((1) \Rightarrow (2)\) : Supposons \(A \subset B\). Toujours \(A \cap B \subset A\). Réciproquement, soit \(x \in A\) ; alors \(x \in B\) par hypothèse, donc \(x \in A \cap B\). Conclusion : \(A \cap B = A\).

\((2) \Rightarrow (1)\) : Si \(A \cap B = A\) et \(x \in A\), alors \(x \in A \cap B\), donc \(x \in B\). Donc \(A \subset B\).

Les équivalences \((1) \Leftrightarrow (3)\) et \((1) \Leftrightarrow (4)\) se démontrent de façon analogue. \(\square\)

Exemple

Soient \(A = \{1, 2, 3, 4\}\), \(B = \{2, 4, 6\}\), \(C = \{3, 4, 5\}\), parties de \(E = \{1, 2, 3, 4, 5, 6, 7\}\).

Calculer : \(A \cap B\), \(A \cup B\), \(\overline{A}\), \(A \cap (B \cup C)\).

Différence et différence symétrique

Définition

Soient \(A\), \(B\) deux parties de \(E\).

\(\bullet\)La différence de \(A\) et \(B\) (dans cet ordre), notée \(A \setminus B\), est l’ensemble des éléments de \(A\) qui ne sont pas dans \(B\) :
\[A \setminus B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \notin B\,\} = A \cap \overline{B}.\]

\(\bullet\)La différence symétrique de \(A\) et \(B\), notée \(A \bigtriangleup B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à exactement un des deux ensembles :
\[A \bigtriangleup B = (A \setminus B) \cup (B \setminus A).\]

Proposition

Pour deux parties \(A\) et \(B\) de \(E\) :
\[A \bigtriangleup B = (A \cup B) \setminus (A \cap B).\]
En particulier, \(A \bigtriangleup A = \emptyset\) et \(A \bigtriangleup \emptyset = A\).

Démonstration

\(x \in A \bigtriangleup B\) ssi \(x\) appartient à exactement un des deux ensembles, c’est-à-dire \(x \in A \cup B\) mais \(x \notin A \cap B\).

Formellement, \(x \in A \bigtriangleup B \Leftrightarrow (x \in A \setminus B) \vee (x \in B \setminus A) \Leftrightarrow \bigl((x \in A) \wedge (x \notin B)\bigr) \vee \bigl((x \in B) \wedge (x \notin A)\bigr)\), qui est précisément la condition « \(x\) appartient à un seul des deux ». Ce « ou exclusif » s’écrit aussi \((x \in A \cup B) \wedge (x \notin A \cap B)\). \(\square\)

Exemple

Avec \(A = \{1, 2, 3, 4\}\) et \(B = \{3, 4, 5, 6\}\) dans \(E = \{1, \ldots, 6\}\) :
\[A \setminus B = \{1, 2\} \quad ; \quad B \setminus A = \{5, 6\} \quad ; \quad A \bigtriangleup B = \{1, 2, 5, 6\}.\]
On vérifie : \(A \cup B = \{1, \ldots, 6\}\), \(A \cap B = \{3, 4\}\), donc \((A \cup B) \setminus (A \cap B) = \{1, 2, 5, 6\} = A \bigtriangleup B\).  \(\checkmark\)

Application
  1. Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\). Démontrer : \(A \cup (B \cap C) = (A \cup B) \cap (A \cup C)\).

  2. Démontrer la seconde loi de De Morgan : \(\overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B}\).

  3. Soient \(A\), \(B\) parties de \(E\). Démontrer que \(A \subset B \;\Leftrightarrow\; A \cap \overline{B} = \emptyset\).

  4. Soient \(A\), \(B\) parties de \(E\). Démontrer que \(A \setminus B = A\) ssi \(A \cap B = \emptyset\).

Produit cartésien

Couple ordonné

Définition

Soient \(a\) et \(b\) deux objets. Le couple \((a, b)\) est la donnée ordonnée des deux objets : \(a\) est la première composante, \(b\) la seconde.

Égalité des couples : \(\quad (a, b) = (c, d) \;\Leftrightarrow\; (a = c \,\text{ et }\, b = d)\).

Remarque

L’ordre compte : \((a, b) \neq (b, a)\) en général. Par exemple, \((1, 2) \neq (2, 1)\).

Par contre, l’ensemble \(\{a, b\}\) ne dépend pas de l’ordre : \(\{a, b\} = \{b, a\}\).

Produit cartésien de deux ensembles

Définition

Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles. Le produit cartésien \(E \times F\) est l’ensemble de tous les couples \((x, y)\) avec \(x \in E\) et \(y \in F\) :
\[E \times F = \{\, (x, y) \;|\; x \in E \,\text{ et }\, y \in F\,\}.\]

Remarque

On note \(E \times E = E^2\). Plus généralement, \(E^n = \{\, (x_1, \ldots, x_n) \;|\; x_1, \ldots, x_n \in E\,\}\) (\(n\)-uplets).

Conventions :

  • \(E \times \emptyset = \emptyset \times F = \emptyset\).

  • Si \(E\), \(F\) sont finis : \(\mathrm{Card}(E \times F) = \mathrm{Card}(E) \cdot \mathrm{Card}(F)\).

Exemple

Soient \(E = \{1, 2\}\) et \(F = \{a, b, c\}\). Alors
\[E \times F = \bigl\{\, (1,a),\,(1,b),\,(1,c),\,(2,a),\,(2,b),\,(2,c)\,\bigr\}, \quad \mathrm{Card}(E \times F) = 6.\]
\(\mathbb{R}^2\) représente l’ensemble des couples de réels, et géométriquement le plan muni d’un repère.

Propriétés

Proposition

Soient \(E\), \(F\), \(G\), \(H\) des ensembles.
\[(E \cap F) \times G = (E \times G) \cap (F \times G)\]
\[(E \cup F) \times G = (E \times G) \cup (F \times G)\]
\[E \times F = F \times E \;\;\Leftrightarrow\;\; (E = \emptyset \,\text{ ou }\, F = \emptyset \,\text{ ou }\, E = F).\]

Application
  1. Soit \(E = \{0, 1\}\). Donner explicitement \(E^3\) et son cardinal.

  2. Démontrer la première propriété : \((E \cap F) \times G = (E \times G) \cap (F \times G)\).

  3. Représenter dans le plan le produit cartésien \([0, 2] \times [1, 3]\).

Applications : définition et égalité

Définition d’une application

Activité

On considère \(E = \{1, 2, 3\}\), \(F = \{a, b, c, d\}\) et trois « relations » de \(E\) vers \(F\) :

Relation 1 Relation 2 Relation 3
\(1 \mapsto a,\;\; 2 \mapsto b\) \(1 \mapsto a,\;\; 1 \mapsto b,\;\; 2 \mapsto c,\;\; 3 \mapsto d\) \(1 \mapsto a,\;\; 2 \mapsto b,\;\; 3 \mapsto a\)
(\(3\) n’a pas d’image) (\(1\) a deux images) (Tout est bien défini)

Lesquelles sont des « applications » ?

Définition

Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles. Une application \(f\) de \(E\) vers \(F\) est un procédé qui associe à chaque élément \(x\) de \(E\) un unique élément \(y\) de \(F\), appelé l’image de \(x\) par \(f\), et noté \(f(x)\). On écrit :
\[f : E \to F, \quad x \mapsto f(x).\]

\(\bullet\)\(E\) est l’ensemble de départ.

\(\bullet\)\(F\) est l’ensemble d’arrivée.

\(\bullet\)L’élément \(f(x)\) est appelé l’image de \(x\) par \(f\).

\(\bullet\)Si \(f(x) = y\), on dit que \(x\) est un antécédent de \(y\) par \(f\) (un même \(y\) peut avoir plusieurs antécédents, ou aucun).

Remarque

Deux conditions essentielles dans la définition d’une application :

  1. Existence : tout élément de \(E\) a une image.

  2. Unicité : cette image est unique.

L’ensemble des applications de \(E\) vers \(F\) se note \(\mathcal{F}(E, F)\) ou \(F^E\).

Égalité de deux applications

Définition

Deux applications \(f : E \to F\) et \(g : E' \to F'\) sont égales, et on écrit \(f = g\), si :
\[E = E' \;\text{ et }\; F = F' \;\text{ et }\; (\forall x \in E)\;\; f(x) = g(x).\]

Exemple

Les applications suivantes sont distinctes bien qu’elles aient la même « formule » :
\[f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2 \quad ; \quad g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+,\; x \mapsto x^2.\]
L’ensemble d’arrivée diffère (\(\mathbb{R}\) vs \(\mathbb{R}_+\)).

Restriction et prolongement

Définition

Soit \(f : E \to F\) et \(A \subset E\).

\(\bullet\)La restriction de \(f\) à \(A\), notée \(f_{|A}\) (ou \(f|_A\)), est l’application
\[f_{|A} : A \to F, \quad x \mapsto f(x).\]
On a donc \(f_{|A}(x) = f(x)\) pour tout \(x \in A\).

\(\bullet\)Réciproquement, \(f\) est appelée un prolongement de \(f_{|A}\) à \(E\).

Exemple

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). Sa restriction à \(\mathbb{R}_+\) est l’application \(f_{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). Cette dernière a une propriété nouvelle (croissance stricte) que \(f\) n’a pas sur \(\mathbb{R}\) entier.

Image directe et image réciproque

Dans toute cette section, \(f : E \to F\) désigne une application, \(A\) une partie de \(E\), \(B\) une partie de \(F\).

Image directe d’une partie

Définition

L’image directe de \(A\) par \(f\), notée \(f(A)\), est l’ensemble des images par \(f\) des éléments de \(A\) :
\[f(A) = \{\, f(x) \;|\; x \in A\,\} = \{\, y \in F \;|\; (\exists x \in A)\; y = f(x)\,\}.\]

Remarque

\(f(A)\) est une partie de \(F\) (\(f(A) \subset F\)).

Cas particulier : l’image directe de \(E\) tout entier, \(f(E)\), est appelée l’image (ou la plage) de \(f\), parfois notée \(\mathrm{Im}(f)\).

Exemple

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) et \(A = [-1\,;\,2]\).
\[f(A) = \{\, x^2 \;|\; x \in [-1\,;\,2]\,\} = [0\,;\,4].\]
En effet, pour \(x \in [-1, 2]\), \(|x| \in [0, 2]\), donc \(x^2 \in [0, 4]\). Réciproquement, tout \(y \in [0, 4]\) admet \(\sqrt{y} \in [0, 2] \subset [-1, 2]\) comme antécédent.

Image réciproque d’une partie

Définition

L’image réciproque de \(B\) par \(f\), notée \(f^{-1}(B)\), est l’ensemble des éléments de \(E\) dont l’image est dans \(B\) :
\[f^{-1}(B) = \{\, x \in E \;|\; f(x) \in B\,\}.\]

Remarque

Attention : la notation \(f^{-1}(B)\) ne suppose pas que \(f\) admette une bijection réciproque. C’est simplement une notation pour l’ensemble des antécédents collectifs des éléments de \(B\).

\(f^{-1}(B)\) est une partie de \(E\) (\(f^{-1}(B) \subset E\)).

Exemple

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) et \(B = [1, 4]\).
\[f^{-1}(B) = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; 1 \leq x^2 \leq 4\,\} = [-2, -1] \cup [1, 2].\]

Propriétés

Proposition

Soient \(f : E \to F\), \(A, A' \subset E\) et \(B, B' \subset F\).

(a) \(\;A \subset A' \Rightarrow f(A) \subset f(A')\) et \(B \subset B' \Rightarrow f^{-1}(B) \subset f^{-1}(B')\).

(b) \(\;f(A \cup A') = f(A) \cup f(A')\).

(c) \(\;f(A \cap A') \subset f(A) \cap f(A')\) (en général pas d’égalité).

(d) \(\;f^{-1}(B \cup B') = f^{-1}(B) \cup f^{-1}(B')\).

(e) \(\;f^{-1}(B \cap B') = f^{-1}(B) \cap f^{-1}(B')\).

(f) \(\;A \subset f^{-1}(f(A))\) et \(f(f^{-1}(B)) \subset B\) (inclusions, pas d’égalité en général).

Démonstration

(d) Image réciproque d’une réunion. Soit \(x \in E\).
\[\begin{align*} x \in f^{-1}(B \cup B') &\;\Leftrightarrow\; f(x) \in B \cup B' \\ &\;\Leftrightarrow\; \bigl(f(x) \in B\bigr) \vee \bigl(f(x) \in B'\bigr) \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in f^{-1}(B)) \vee (x \in f^{-1}(B')) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in f^{-1}(B) \cup f^{-1}(B'). \end{align*}\]

(c) Inégalité stricte pour l’intersection. Soit \(y \in f(A \cap A')\) : il existe \(x \in A \cap A'\) avec \(y = f(x)\). Alors \(x \in A\), donc \(y \in f(A)\) ; et \(x \in A'\), donc \(y \in f(A')\). D’où \(y \in f(A) \cap f(A')\).

Contre-exemple à l’égalité. Prendre \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\), \(x \mapsto x^2\), \(A = \{-1\}\), \(A' = \{1\}\). Alors \(A \cap A' = \emptyset\), donc \(f(A \cap A') = \emptyset\). Mais \(f(A) = f(A') = \{1\}\), donc \(f(A) \cap f(A') = \{1\} \neq \emptyset\). \(\square\)

Application
  1. Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\). Calculer \(f([0, 3])\) et \(f^{-1}([-1, 5])\).

  2. Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2 - 2x\). Calculer \(f^{-1}(\{0\})\) et \(f^{-1}([-1, 3])\).

  3. Démontrer la propriété (b) : \(f(A \cup A') = f(A) \cup f(A')\).

Injection, surjection, bijection

Soit \(f : E \to F\) une application.

Application injective

Définition

On dit que \(f\) est injective (ou que \(f\) est une injection) lorsque tout élément de \(F\) a au plus un antécédent par \(f\), autrement dit :
\[(\forall x_1, x_2 \in E)\;\; f(x_1) = f(x_2) \Rightarrow x_1 = x_2.\]
De manière équivalente (par contraposée) :
\[(\forall x_1, x_2 \in E)\;\; x_1 \neq x_2 \Rightarrow f(x_1) \neq f(x_2).\]

Exemple

L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est injective. En effet, si \(f(x_1) = f(x_2)\) alors \(2x_1 + 1 = 2x_2 + 1\), donc \(x_1 = x_2\).

Non-injective : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\). On a \(g(-1) = g(1) = 1\) mais \(-1 \neq 1\).

Devient injective sur \(\mathbb{R}_+\) : la restriction \(g_{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) est injective.

Application surjective

Définition

On dit que \(f\) est surjective (ou que \(f\) est une surjection) lorsque tout élément de \(F\) a au moins un antécédent par \(f\) :
\[(\forall y \in F)(\exists x \in E)\;\; y = f(x).\]
Cela équivaut à : \(f(E) = F\) (l’image de \(f\) est l’ensemble d’arrivée tout entier).

Exemple

L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est surjective. Pour tout \(y \in \mathbb{R}\), \(x = \tfrac{y - 1}{2}\) vérifie \(f(x) = y\).

Non-surjective : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\). Aucun réel \(x\) ne donne \(g(x) = -1\), donc \(g\) n’est pas surjective.

Devient surjective sur \(\mathbb{R}_+\) : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+, \; x \mapsto x^2\) est surjective (tout \(y \geq 0\) admet \(\sqrt{y}\) pour antécédent).

Application bijective

Définition

On dit que \(f\) est bijective (ou que \(f\) est une bijection) lorsqu’elle est à la fois injective et surjective :
\[(\forall y \in F)(\exists\, ! x \in E)\;\; y = f(x).\]
Tout élément de \(F\) a alors un unique antécédent dans \(E\).

Exemple

L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est bijective (injective et surjective).

L’application \(\mathrm{id}_E : E \to E, \; x \mapsto x\) (application identité de \(E\)) est bijective.

Bijection réciproque

Définition

Soit \(f : E \to F\) une bijection. La bijection réciproque de \(f\), notée \(f^{-1}\), est l’application
\[f^{-1} : F \to E \quad \text{définie par} \quad f^{-1}(y) = \text{l'unique } x \in E \text{ tel que } f(x) = y.\]

Proposition

Soit \(f : E \to F\) une bijection.

(a) \(\;f^{-1}\) est elle-même une bijection, et \((f^{-1})^{-1} = f\).

(b) Pour tout \(x \in E\) : \(\;f^{-1}(f(x)) = x\).

(c) Pour tout \(y \in F\) : \(\;f(f^{-1}(y)) = y\).

(d) Caractérisation : Si \(g : F \to E\) vérifie \(g \circ f = \mathrm{id}_E\) et \(f \circ g = \mathrm{id}_F\), alors \(f\) est bijective et \(g = f^{-1}\).

Démonstration

(d). Supposons \(g \circ f = \mathrm{id}_E\) et \(f \circ g = \mathrm{id}_F\).

\(f\) injective : si \(f(x_1) = f(x_2)\), en appliquant \(g\) : \(g(f(x_1)) = g(f(x_2))\), c’est-à-dire \(x_1 = x_2\) (puisque \(g \circ f = \mathrm{id}_E\)).

\(f\) surjective : soit \(y \in F\). Posons \(x = g(y) \in E\). Alors \(f(x) = f(g(y)) = (f \circ g)(y) = \mathrm{id}_F(y) = y\). Donc \(y\) admet \(x\) pour antécédent.

Conclusion : \(f\) est bijective. Pour tout \(y \in F\), l’unique antécédent de \(y\) est \(x = g(y)\) ; donc \(f^{-1}(y) = g(y)\), soit \(g = f^{-1}\). \(\square\)

Exemple

Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\).

Pour \(y \in \mathbb{R}\), résolvons \(y = 2x + 1 \Leftrightarrow x = \tfrac{y-1}{2}\). Donc
\[f^{-1} : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; y \mapsto \tfrac{y-1}{2}.\]
Vérification : \(f^{-1}(f(x)) = \tfrac{(2x+1)-1}{2} = x\).  \(\checkmark\)

Méthode

Pour déterminer si \(f : E \to F\) est bijective et trouver \(f^{-1}\) :

  1. Soit \(y \in F\). Résoudre l’équation \(f(x) = y\) d’inconnue \(x \in E\).

  2. Si pour tout \(y\), l’équation admet une unique solution \(x\), alors \(f\) est bijective et \(f^{-1}(y)\) est cette solution.

Application
  1. Étudier l’injectivité, la surjectivité et la bijectivité, puis déterminer la bijection réciproque le cas échéant :

    1. \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 3x - 5\).

    2. \(g : \mathbb{R} \to [0, +\infty[, \; x \mapsto x^2\).

    3. \(h : [1, +\infty[ \to [0, +\infty[, \; x \mapsto x^2 - 1\).

  2. Soit \(f : \mathbb{R}^* \to \mathbb{R}^*, \; x \mapsto \dfrac{1}{x}\). Montrer que \(f\) est bijective et déterminer \(f^{-1}\).

Composition d’applications

Définition

Définition

Soient \(f : E \to F\) et \(g : F \to G\) deux applications. La composée \(g \circ f\) est l’application
\[g \circ f : E \to G, \quad x \mapsto g(f(x)).\]
On lit « \(g\) rond \(f\) » (ou « \(g\) après \(f\) », puisqu’on applique d’abord \(f\) puis \(g\)).

Remarque

Important : pour que \(g \circ f\) soit définie, l’ensemble d’arrivée de \(f\) doit coïncider avec l’ensemble de départ de \(g\).

Attention : la composition n’est pas commutative en général. \(g \circ f\) et \(f \circ g\) peuvent même ne pas être toutes les deux définies.

Exemple

Soient \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x + 1\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\).

\(\bullet\)\(g \circ f : x \mapsto g(f(x)) = g(x+1) = (x+1)^2\).

\(\bullet\)\(f \circ g : x \mapsto f(g(x)) = f(x^2) = x^2 + 1\).

On voit que \(g \circ f \neq f \circ g\) (par exemple, en \(x = 1\), \(g \circ f(1) = 4\) et \(f \circ g(1) = 2\)).

Propriétés

Proposition

Soient \(f : E \to F\), \(g : F \to G\), \(h : G \to H\) des applications.

(a) Associativité : \(\;(h \circ g) \circ f = h \circ (g \circ f)\).

(b) Identité : \(\;f \circ \mathrm{id}_E = f\) et \(\mathrm{id}_F \circ f = f\).

(c) Injectivité : si \(f\) et \(g\) sont injectives, alors \(g \circ f\) est injective.

(d) Surjectivité : si \(f\) et \(g\) sont surjectives, alors \(g \circ f\) est surjective.

(e) Bijectivité : si \(f\) et \(g\) sont bijectives, alors \(g \circ f\) est bijective et \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\).

Démonstration

(a) Associativité. Pour tout \(x \in E\) :
\[\bigl((h \circ g) \circ f\bigr)(x) = (h \circ g)(f(x)) = h(g(f(x))) \quad ; \quad \bigl(h \circ (g \circ f)\bigr)(x) = h\bigl((g \circ f)(x)\bigr) = h(g(f(x))).\]
Les deux applications coïncident sur \(E\), donc sont égales.

(c) Injectivité. Supposons \(f, g\) injectives. Soit \(x_1, x_2 \in E\) tels que \((g \circ f)(x_1) = (g \circ f)(x_2)\). Alors \(g(f(x_1)) = g(f(x_2))\). Comme \(g\) est injective, \(f(x_1) = f(x_2)\). Comme \(f\) est injective, \(x_1 = x_2\). Donc \(g \circ f\) est injective.

(e) Inverse de la composée. Si \(f, g\) bijectives, \(g \circ f\) est bijective d’après (c) et (d). Montrons \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\) en utilisant la caractérisation : il suffit de vérifier que \((f^{-1} \circ g^{-1}) \circ (g \circ f) = \mathrm{id}_E\) et \((g \circ f) \circ (f^{-1} \circ g^{-1}) = \mathrm{id}_G\).

Par associativité :
\[(f^{-1} \circ g^{-1}) \circ (g \circ f) = f^{-1} \circ (g^{-1} \circ g) \circ f = f^{-1} \circ \mathrm{id}_F \circ f = f^{-1} \circ f = \mathrm{id}_E.\]
Symétriquement pour l’autre. \(\square\)

Décomposition d’une application

Décomposer une application complexe, c’est l’écrire comme composée d’applications plus simples. Cette technique est essentielle pour étudier les propriétés (continuité, dérivabilité…) au lycée.

Exemple

Soit \(\varphi : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto \sqrt{x^2 + 1}\). On peut décomposer :
\[\varphi = h \circ g \circ f\]
avec
\[f : x \mapsto x^2 \quad ; \quad g : t \mapsto t + 1 \quad ; \quad h : u \mapsto \sqrt{u}.\]
On précise les domaines : \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+\), \(g : \mathbb{R}_+ \to [1, +\infty[\), \(h : [1, +\infty[ \to [1, +\infty[\).

Vérification : \(h(g(f(x))) = h(g(x^2)) = h(x^2 + 1) = \sqrt{x^2 + 1} = \varphi(x)\).  \(\checkmark\)

Application
  1. Soient \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^3\). Calculer \(g \circ f\) et \(f \circ g\).

  2. Décomposer en composée d’applications simples :

    1. \(x \mapsto (3x - 7)^4\).

    2. \(x \mapsto \dfrac{1}{x^2 + 1}\).

    3. \(x \mapsto \sqrt{1 - x}\)   (sur \(]-\infty, 1]\)).

  3. Démontrer la propriété (d) : si \(f\) et \(g\) sont surjectives, alors \(g \circ f\) est surjective.

Synthèse

Correspondance logique – opérations ensemblistes

Logique Ensembles Lecture
\(P \wedge Q\) \(A \cap B\) et / intersection
\(P \vee Q\) \(A \cup B\) ou / réunion
\(\overline{P}\) \(\overline{A}\) non / complémentaire
\(P \Rightarrow Q\) \(A \subset B\) si…alors / inclusion
\(P \Leftrightarrow Q\) \(A = B\) équivaut / égal

Synoptique des opérations

Notation Définition
\(A \cap B\) \(\{\, x \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \in B\,\}\)
\(A \cup B\) \(\{\, x \;|\; x \in A \,\text{ ou }\, x \in B\,\}\)
\(\overline{A}\) \(\{\, x \in E \;|\; x \notin A\,\}\)
\(A \setminus B\) \(\{\, x \in A \;|\; x \notin B\,\} = A \cap \overline{B}\)
\(A \bigtriangleup B\) \((A \cup B) \setminus (A \cap B) = (A \setminus B) \cup (B \setminus A)\)
\(A \times B\) \(\{\, (x, y) \;|\; x \in A,\, y \in B\,\}\)
\(\mathcal{P}(E)\) \(\{\, A \;|\; A \subset E\,\}\), de cardinal \(2^{\mathrm{Card}(E)}\) si \(E\) fini

Caractérisations injection / surjection / bijection

Type Forme symbolique Interprétation
Injection \((\forall x_1, x_2)\, f(x_1) = f(x_2) \Rightarrow x_1 = x_2\) Au plus un antécédent.
Surjection \((\forall y \in F)(\exists x \in E)\, y = f(x)\) Au moins un antécédent.
Bijection \((\forall y \in F)(\exists\, ! x \in E)\, y = f(x)\) Exactement un antécédent ; \(f^{-1}\) existe.

Pièges classiques

Remarque
  1. Confondre \(\in\) et \(\subset\). \(\{1\} \in \mathcal{P}(\{1,2\})\) mais \(\{1\} \subset \{1,2\}\), qui sont des relations différentes.

  2. Confondre \(f^{-1}(B)\) (image réciproque) et la bijection réciproque \(f^{-1}\). La notation est la même, mais \(f^{-1}(B)\) existe toujours pour toute partie \(B\) ; la bijection réciproque, elle, n’existe que si \(f\) est bijective.

  3. Image directe d’une intersection. \(f(A \cap B) \neq f(A) \cap f(B)\) en général ; seule l’inclusion \(f(A \cap B) \subset f(A) \cap f(B)\) est garantie.

  4. Restriction et propriétés. Une application peut ne pas être injective sur \(E\) mais le devenir sur une partie \(A \subset E\) ; étudier la restriction est souvent utile.

  5. Inverse de la composée. \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\) (ordre inversé, comme pour les chaussettes-chaussures).


Fin du chapitre 2 – Ensembles et Applications