Ensembles et applications SM
Table des matières
Ensembles et Applications
1ère Année Baccalauréat – Sciences Mathématiques
Ensembles : extension et compréhension
Activité
On considère les collections suivantes :
-
Les entiers naturels \(n\) vérifiant \(n^2 \leq 30\).
-
Les nombres entiers compris entre \(5\) et \(9\) (au sens large).
-
Les solutions réelles de l’équation \(x^2 - 3x + 2 = 0\).
-
Les rectangles dont la longueur vaut \(7\,\)cm.
Pour chaque collection : donner la liste explicite de ses éléments lorsque c’est possible. Si la liste est trop longue (ou infinie), expliquer comment caractériser un élément.
Notion d’ensemble et d’appartenance
Définition
Un ensemble \(E\) est une collection (non ordonnée, sans répétition) d’objets bien définis, appelés éléments de \(E\).
Si \(x\) est un élément de \(E\), on écrit \(x \in E\) (lu « \(x\) appartient à \(E\) »). Sinon, \(x \notin E\).
Remarque
-
Un ensemble est entièrement déterminé par la liste de ses éléments : \(\{1, 2, 3\} = \{3, 1, 2\} = \{1, 2, 2, 3\}\).
-
L’ensemble vide, noté \(\emptyset\), est l’ensemble sans aucun élément : \((\forall x)\; x \notin \emptyset\).
-
Le singleton \(\{a\}\) est l’ensemble qui contient exactement l’élément \(a\).
-
Attention : ne pas confondre \(a\) et \(\{a\}\). Par exemple, \(1 \in \{1\}\) mais \(1 \neq \{1\}\) et \(\{1\} \in \{\{1\}\}\).
Définition d’un ensemble par extension
Définition
Définir un ensemble par extension, c’est en donner la liste explicite et complète des éléments, entourés d’accolades, séparés par des points-virgules.
Exemple
Quelques ensembles définis par extension :
\[A = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,4\,;\,5\} \quad ; \quad B = \{-2\,;\,-1\,;\,0\,;\,1\,;\,2\} \quad ; \quad C = \{\sqrt{2}\,;\,\pi\,;\,\mathrm{e}\}.\]
Pour les ensembles infinis ou à grand nombre d’éléments, on utilise des points de suspension lorsque la règle de progression est claire :
\[\mathbb{N} = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,\ldots\} \quad ; \quad \{0\,;\,2\,;\,4\,;\,6\,;\,\ldots\,;\,100\}.\]
Définition d’un ensemble par compréhension
Définition
Définir un ensemble par compréhension, c’est donner une propriété caractéristique \(P(x)\) que vérifient exactement ses éléments. On écrit :
\[E = \{\, x \in F \;|\; P(x)\,\} \qquad \text{ou} \qquad E = \{\, x \in F\, : \,P(x)\,\}\]
qui se lit « \(E\) est l’ensemble des \(x\) de \(F\) tels que \(P(x)\) ».
Exemple
Quelques ensembles définis par compréhension :
\(\bullet\) \(A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n \leq 5\,\} = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\,;\,4\,;\,5\}\).
\(\bullet\) \(B = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 + x - 6 = 0\,\} = \{-3\,;\,2\}\).
\(\bullet\) \(C = \{\, 2k+1 \;|\; k \in \mathbb{N}\,\} = \{1\,;\,3\,;\,5\,;\,7\,;\,\ldots\}\) : ensemble des entiers naturels impairs.
\(\bullet\) \(D = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 + 1 = 0\,\} = \emptyset\) : aucune solution réelle.
Diagrammes de Venn
Un diagramme de Venn est une représentation graphique d’un ou plusieurs ensembles : chaque ensemble est figuré par une courbe fermée du plan, et les éléments sont placés à l’intérieur ou à l’extérieur de cette courbe.
Sur le diagramme, \(A = \{1,3,5,7\}\) est inclus dans l’ensemble de référence \(E = \{1,2,3,5,7,8\}\).
Application
-
Écrire en extension : \(A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n^2 < 25\,\}\) ; \(B = \{\, x \in \mathbb{Z} \;|\; |x| \leq 3\,\}\) ; \(C = \{\, k \in \mathbb{N}^* \;|\; k\, \text{ divise }\, 12\,\}\).
-
Écrire en compréhension : \(D = \{1\,;\,4\,;\,9\,;\,16\,;\,25\,;\,\ldots\}\) ; \(F = \{2\,;\,4\,;\,8\,;\,16\,;\,32\,;\,\ldots\}\) ; \(G = \{-3\,;\,-1\,;\,1\,;\,3\}\).
Inclusion et égalité
Inclusion
Définition
Soient \(A\) et \(B\) deux ensembles. On dit que \(A\) est inclus dans \(B\) (ou que \(A\) est une partie de \(B\), ou un sous-ensemble de \(B\)), et on note \(A \subset B\), si tout élément de \(A\) est aussi élément de \(B\) :
\[A \subset B \;\;\Leftrightarrow\;\; (\forall x)\; (x \in A \Rightarrow x \in B).\]
La négation se note \(A \not\subset B\) et s’écrit : \((\exists x)\; (x \in A \,\text{ et }\, x \notin B)\).
Exemple
Quelques inclusions usuelles :
\[\mathbb{N} \subset \mathbb{Z} \subset \mathbb{Q} \subset \mathbb{R} \subset \mathbb{C}.\]
\[\{1,2\} \subset \{1,2,3\} \quad ; \quad \{0,2,4\} \subset 2\mathbb{N} \quad ; \quad \emptyset \subset E \text{ pour tout ensemble } E.\]
Égalité de deux ensembles
Définition
Deux ensembles \(A\) et \(B\) sont égaux, et on écrit \(A = B\), lorsqu’ils possèdent exactement les mêmes éléments :
\[A = B \;\;\Leftrightarrow\;\; (\forall x)\; (x \in A \,\Leftrightarrow\, x \in B).\]
Proposition
Pour deux ensembles \(A\) et \(B\) :
\[A = B \;\;\Leftrightarrow\;\; (A \subset B \,\text{ et }\, B \subset A).\]
Démonstration
(\(\Rightarrow\)) Si \(A = B\), tout élément de \(A\) est dans \(B\) (donc \(A \subset B\)) et tout élément de \(B\) est dans \(A\) (donc \(B \subset A\)).
(\(\Leftarrow\)) Supposons \(A \subset B\) et \(B \subset A\). Soit \(x\) quelconque.
\(\bullet\) Si \(x \in A\), par \(A \subset B\), \(x \in B\).
\(\bullet\) Si \(x \in B\), par \(B \subset A\), \(x \in A\).
Donc \(x \in A \Leftrightarrow x \in B\), ce qui équivaut à \(A = B\). \(\square\)
Méthode
Pour démontrer une égalité \(A = B\), on procède très souvent par double inclusion :
-
Montrer que \(A \subset B\) : prendre \(x \in A\) et démontrer \(x \in B\).
-
Montrer que \(B \subset A\) : prendre \(x \in B\) et démontrer \(x \in A\).
Propriétés de l’inclusion
Proposition
Soient \(A\), \(B\), \(C\) des ensembles.
(a) Réflexivité : \(A \subset A\).
(b) Transitivité : \((A \subset B \,\text{ et }\, B \subset C) \Rightarrow A \subset C\).
(c) Antisymétrie : \((A \subset B \,\text{ et }\, B \subset A) \Rightarrow A = B\).
Démonstration
(b) Transitivité. Soient \(x \in A\). Comme \(A \subset B\), \(x \in B\). Comme \(B \subset C\), \(x \in C\). Donc \(x \in A \Rightarrow x \in C\), ce qui prouve \(A \subset C\).
(a) et (c) sont immédiates par la définition. \(\square\)
Exemple
Montrer que \(A = B\), où :
\[A = \{\, n \in \mathbb{N} \;|\; n^2 \leq 9\,\} \quad ; \quad B = \{0\,;\,1\,;\,2\,;\,3\}.\]
Application
-
Montrer que \(A = B\), où \(A = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; x^2 - 4 = 0\,\}\) et \(B = \{-2\,;\,2\}\).
-
Montrer que \(C \subset D\), où \(C = \{\, 4k \;|\; k \in \mathbb{Z}\,\}\) et \(D = \{\, 2n \;|\; n \in \mathbb{Z}\,\}\). A-t-on \(C = D\) ?
-
Montrer que \(\emptyset \subset E\) pour tout ensemble \(E\).
Ensemble des parties d’un ensemble
Définition
Définition
Soit \(E\) un ensemble. L’ensemble des parties de \(E\), noté \(\mathcal{P}(E)\) (ou \(\mathcal{P}(E)\)), est l’ensemble dont les éléments sont toutes les parties (sous-ensembles) de \(E\) :
\[\mathcal{P}(E) = \{\, A \;|\; A \subset E\,\}.\]
On a donc l’équivalence fondamentale :
\[A \in \mathcal{P}(E) \;\;\Leftrightarrow\;\; A \subset E.\]
Remarque
Distinction cruciale entre \(\in\) et \(\subset\) :
-
« \(x \in E\) » : \(x\) est un élément de \(E\).
-
« \(A \subset E\) » : tous les éléments de \(A\) sont éléments de \(E\) ; mais \(A\) lui-même est un ensemble, pas un élément de \(E\).
-
« \(A \in \mathcal{P}(E)\) » : ici \(A\) est un élément de l’ensemble \(\mathcal{P}(E)\) ; c’est équivalent à \(A \subset E\).
Toujours, \(\emptyset \in \mathcal{P}(E)\) et \(E \in \mathcal{P}(E)\).
Exemples
Exemple
Soit \(E = \{a, b, c\}\). L’ensemble des parties de \(E\) comporte \(2^3 = 8\) éléments :
\[\mathcal{P}(E) = \bigl\{\, \emptyset,\;\{a\},\;\{b\},\;\{c\},\;\{a,b\},\;\{a,c\},\;\{b,c\},\;\{a,b,c\}\,\bigr\}.\]
Exemple
Soit \(E = \{1\}\). Alors \(\mathcal{P}(E) = \{\emptyset,\, \{1\}\}\), qui compte \(2\) éléments.
Soit \(E = \emptyset\). Alors \(\mathcal{P}(\emptyset) = \{\emptyset\}\), qui compte \(1\) élément : \(\mathcal{P}(\emptyset)\) est non vide !
Cardinal de \(\mathcal{P}(E)\)
Proposition
Si \(E\) est un ensemble fini de cardinal \(n\) (i.e. ayant \(n\) éléments), alors \(\mathcal{P}(E)\) est fini et :
\[\mathrm{Card}\bigl(\mathcal{P}(E)\bigr) = 2^n.\]
Démonstration
Démonstration par récurrence sur \(n\).
Initialisation (\(n = 0\)). Si \(\mathrm{Card}(E) = 0\), alors \(E = \emptyset\) et \(\mathcal{P}(\emptyset) = \{\emptyset\}\), qui a \(1 = 2^0\) élément.
Hérédité. Supposons la propriété vraie pour tout ensemble à \(n\) éléments. Soit \(E\) un ensemble de cardinal \(n + 1\). Fixons \(a \in E\) et posons \(E' = E \setminus \{a\}\) (qui a \(n\) éléments).
Les parties de \(E\) se répartissent en deux catégories disjointes :
-
celles qui ne contiennent pas \(a\) : ce sont exactement les parties de \(E'\).
-
celles qui contiennent \(a\) : ce sont exactement les ensembles de la forme \(A \cup \{a\}\) avec \(A \subset E'\).
La première catégorie a \(\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E')) = 2^n\) éléments par hypothèse de récurrence. Pour la seconde, l’application
\[\Phi : \mathcal{P}(E') \to \bigl\{\, B \subset E \;|\; a \in B\,\bigr\}, \quad A \mapsto A \cup \{a\}\]
est bijective : son inverse est \(B \mapsto B \setminus \{a\}\). La seconde catégorie a donc aussi \(2^n\) éléments. Donc
\[\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E)) = 2^n + 2^n = 2^{n+1}.\]
\(\square\)
Application
-
Donner explicitement \(\mathcal{P}(\{1,2,3,4\})\). Combien d’éléments ?
-
Soit \(E\) tel que \(\mathrm{Card}(\mathcal{P}(E)) = 16\). Que vaut \(\mathrm{Card}(E)\) ?
-
Vrai ou faux ? Justifier.
-
\(\emptyset \in \mathcal{P}(\{1,2\})\).
-
\(\{1\} \subset \mathcal{P}(\{1,2\})\).
-
\(\{\{1\}\} \in \mathcal{P}(\{1,2\})\).
-
\(\{\{1\}\} \subset \mathcal{P}(\{1,2\})\).
-
Opérations sur les ensembles
Dans toute cette section, \(A\), \(B\), \(C\) désignent des parties d’un ensemble de référence \(E\) (appelé ensemble univers).
Complémentaire
Définition
Le complémentaire de \(A\) dans \(E\), noté \(\mathrm{C}_E^A\) ou simplement \(\overline{A}\) lorsque l’univers \(E\) est clair, est l’ensemble des éléments de \(E\) qui n’appartiennent pas à \(A\) :
\[\overline{A} = \{\, x \in E \;|\; x \notin A\,\}.\]
On a donc : \(\;x \in \overline{A} \;\Leftrightarrow\; (x \in E \,\text{ et }\, x \notin A)\).
Proposition
Pour toute partie \(A\) de \(E\) :
\[\overline{\emptyset} = E \quad ; \quad \overline{E} = \emptyset \quad ; \quad \overline{\bigl(\overline{A}\bigr)} = A.\]
Démonstration
\(\overline{(\overline{A})} = A\) : pour tout \(x \in E\),
\[x \in \overline{(\overline{A})} \;\Leftrightarrow\; (x \in E \wedge x \notin \overline{A}) \;\Leftrightarrow\; (x \in E \wedge x \in A) \;\Leftrightarrow\; x \in A,\]
la dernière équivalence venant de \(A \subset E\). \(\square\)
Intersection
Définition
L’intersection de \(A\) et \(B\), notée \(A \cap B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à \(A\) et à \(B\) :
\[A \cap B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \in B\,\}.\]
Réunion
Définition
La réunion de \(A\) et \(B\), notée \(A \cup B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à \(A\) ou à \(B\) (au sens inclusif) :
\[A \cup B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ ou }\, x \in B\,\}.\]
Propriétés algébriques
Proposition
Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\).
(a) Commutativité : \(\;A \cap B = B \cap A\) et \(A \cup B = B \cup A\).
(b) Associativité : \(\;(A \cap B) \cap C = A \cap (B \cap C)\) et \((A \cup B) \cup C = A \cup (B \cup C)\).
(c) Idempotence : \(\;A \cap A = A\) et \(A \cup A = A\).
(d) Éléments neutres : \(\;A \cap E = A\), \(\;A \cup \emptyset = A\), \(\;A \cap \emptyset = \emptyset\), \(\;A \cup E = E\).
(e) Inclusions : \(\;A \cap B \subset A \subset A \cup B\).
(f) Avec le complémentaire : \(\;A \cap \overline{A} = \emptyset\) et \(A \cup \overline{A} = E\).
Démonstration
Commutativité de \(\cap\) : pour tout \(x \in E\),
\[x \in A \cap B \;\Leftrightarrow\; (x \in A) \wedge (x \in B) \;\Leftrightarrow\; (x \in B) \wedge (x \in A) \;\Leftrightarrow\; x \in B \cap A,\]
grâce à la commutativité de la conjonction logique. Les autres propriétés se démontrent de manière analogue, en remontant aux propriétés des connecteurs logiques. \(\square\)
Distributivité et lois de De Morgan
Théorème
Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\).
Distributivité :
\[A \cap (B \cup C) = (A \cap B) \cup (A \cap C)\]
\[A \cup (B \cap C) = (A \cup B) \cap (A \cup C)\]
Lois de De Morgan :
\[\overline{A \cap B} = \overline{A} \cup \overline{B} \quad ; \quad \overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B}.\]
Démonstration
Distributivité de \(\cap\) sur \(\cup\). Pour tout \(x \in E\) :
\[\begin{align*} x \in A \cap (B \cup C) &\;\Leftrightarrow\; (x \in A) \wedge \bigl((x \in B) \vee (x \in C)\bigr) \\ &\;\Leftrightarrow\; \bigl((x \in A) \wedge (x \in B)\bigr) \vee \bigl((x \in A) \wedge (x \in C)\bigr) \quad \text{(distributivité de } \wedge \text{ sur } \vee \text{)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in A \cap B) \vee (x \in A \cap C) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in (A \cap B) \cup (A \cap C). \end{align*}\]
Loi de De Morgan. Pour tout \(x \in E\) :
\[\begin{align*} x \in \overline{A \cap B} &\;\Leftrightarrow\; x \notin A \cap B \\ &\;\Leftrightarrow\; \overline{\bigl((x \in A) \wedge (x \in B)\bigr)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \notin A) \vee (x \notin B) \quad \text{(De Morgan logique)} \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in \overline{A}) \vee (x \in \overline{B}) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in \overline{A} \cup \overline{B}. \end{align*}\]
\(\square\)
Inclusion et opérations
Proposition
Pour deux parties \(A\) et \(B\) de \(E\), les propositions suivantes sont équivalentes :
\[(1)\;\; A \subset B \quad ; \quad (2)\;\; A \cap B = A \quad ; \quad (3)\;\; A \cup B = B \quad ; \quad (4)\;\; \overline{B} \subset \overline{A}.\]
Démonstration
\((1) \Rightarrow (2)\) : Supposons \(A \subset B\). Toujours \(A \cap B \subset A\). Réciproquement, soit \(x \in A\) ; alors \(x \in B\) par hypothèse, donc \(x \in A \cap B\). Conclusion : \(A \cap B = A\).
\((2) \Rightarrow (1)\) : Si \(A \cap B = A\) et \(x \in A\), alors \(x \in A \cap B\), donc \(x \in B\). Donc \(A \subset B\).
Les équivalences \((1) \Leftrightarrow (3)\) et \((1) \Leftrightarrow (4)\) se démontrent de façon analogue. \(\square\)
Exemple
Soient \(A = \{1, 2, 3, 4\}\), \(B = \{2, 4, 6\}\), \(C = \{3, 4, 5\}\), parties de \(E = \{1, 2, 3, 4, 5, 6, 7\}\).
Calculer : \(A \cap B\), \(A \cup B\), \(\overline{A}\), \(A \cap (B \cup C)\).
Différence et différence symétrique
Définition
Soient \(A\), \(B\) deux parties de \(E\).
\(\bullet\)La différence de \(A\) et \(B\) (dans cet ordre), notée \(A \setminus B\), est l’ensemble des éléments de \(A\) qui ne sont pas dans \(B\) :
\[A \setminus B = \{\, x \in E \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \notin B\,\} = A \cap \overline{B}.\]
\(\bullet\)La différence symétrique de \(A\) et \(B\), notée \(A \bigtriangleup B\), est l’ensemble des éléments qui appartiennent à exactement un des deux ensembles :
\[A \bigtriangleup B = (A \setminus B) \cup (B \setminus A).\]
Proposition
Pour deux parties \(A\) et \(B\) de \(E\) :
\[A \bigtriangleup B = (A \cup B) \setminus (A \cap B).\]
En particulier, \(A \bigtriangleup A = \emptyset\) et \(A \bigtriangleup \emptyset = A\).
Démonstration
\(x \in A \bigtriangleup B\) ssi \(x\) appartient à exactement un des deux ensembles, c’est-à-dire \(x \in A \cup B\) mais \(x \notin A \cap B\).
Formellement, \(x \in A \bigtriangleup B \Leftrightarrow (x \in A \setminus B) \vee (x \in B \setminus A) \Leftrightarrow \bigl((x \in A) \wedge (x \notin B)\bigr) \vee \bigl((x \in B) \wedge (x \notin A)\bigr)\), qui est précisément la condition « \(x\) appartient à un seul des deux ». Ce « ou exclusif » s’écrit aussi \((x \in A \cup B) \wedge (x \notin A \cap B)\). \(\square\)
Exemple
Avec \(A = \{1, 2, 3, 4\}\) et \(B = \{3, 4, 5, 6\}\) dans \(E = \{1, \ldots, 6\}\) :
\[A \setminus B = \{1, 2\} \quad ; \quad B \setminus A = \{5, 6\} \quad ; \quad A \bigtriangleup B = \{1, 2, 5, 6\}.\]
On vérifie : \(A \cup B = \{1, \ldots, 6\}\), \(A \cap B = \{3, 4\}\), donc \((A \cup B) \setminus (A \cap B) = \{1, 2, 5, 6\} = A \bigtriangleup B\). \(\checkmark\)
Application
-
Soient \(A\), \(B\), \(C\) des parties de \(E\). Démontrer : \(A \cup (B \cap C) = (A \cup B) \cap (A \cup C)\).
-
Démontrer la seconde loi de De Morgan : \(\overline{A \cup B} = \overline{A} \cap \overline{B}\).
-
Soient \(A\), \(B\) parties de \(E\). Démontrer que \(A \subset B \;\Leftrightarrow\; A \cap \overline{B} = \emptyset\).
-
Soient \(A\), \(B\) parties de \(E\). Démontrer que \(A \setminus B = A\) ssi \(A \cap B = \emptyset\).
Produit cartésien
Couple ordonné
Définition
Soient \(a\) et \(b\) deux objets. Le couple \((a, b)\) est la donnée ordonnée des deux objets : \(a\) est la première composante, \(b\) la seconde.
Égalité des couples : \(\quad (a, b) = (c, d) \;\Leftrightarrow\; (a = c \,\text{ et }\, b = d)\).
Remarque
L’ordre compte : \((a, b) \neq (b, a)\) en général. Par exemple, \((1, 2) \neq (2, 1)\).
Par contre, l’ensemble \(\{a, b\}\) ne dépend pas de l’ordre : \(\{a, b\} = \{b, a\}\).
Produit cartésien de deux ensembles
Définition
Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles. Le produit cartésien \(E \times F\) est l’ensemble de tous les couples \((x, y)\) avec \(x \in E\) et \(y \in F\) :
\[E \times F = \{\, (x, y) \;|\; x \in E \,\text{ et }\, y \in F\,\}.\]
Remarque
On note \(E \times E = E^2\). Plus généralement, \(E^n = \{\, (x_1, \ldots, x_n) \;|\; x_1, \ldots, x_n \in E\,\}\) (\(n\)-uplets).
Conventions :
-
\(E \times \emptyset = \emptyset \times F = \emptyset\).
-
Si \(E\), \(F\) sont finis : \(\mathrm{Card}(E \times F) = \mathrm{Card}(E) \cdot \mathrm{Card}(F)\).
Exemple
Soient \(E = \{1, 2\}\) et \(F = \{a, b, c\}\). Alors
\[E \times F = \bigl\{\, (1,a),\,(1,b),\,(1,c),\,(2,a),\,(2,b),\,(2,c)\,\bigr\}, \quad \mathrm{Card}(E \times F) = 6.\]
\(\mathbb{R}^2\) représente l’ensemble des couples de réels, et géométriquement le plan muni d’un repère.
Propriétés
Proposition
Soient \(E\), \(F\), \(G\), \(H\) des ensembles.
\[(E \cap F) \times G = (E \times G) \cap (F \times G)\]
\[(E \cup F) \times G = (E \times G) \cup (F \times G)\]
\[E \times F = F \times E \;\;\Leftrightarrow\;\; (E = \emptyset \,\text{ ou }\, F = \emptyset \,\text{ ou }\, E = F).\]
Application
-
Soit \(E = \{0, 1\}\). Donner explicitement \(E^3\) et son cardinal.
-
Démontrer la première propriété : \((E \cap F) \times G = (E \times G) \cap (F \times G)\).
-
Représenter dans le plan le produit cartésien \([0, 2] \times [1, 3]\).
Applications : définition et égalité
Définition d’une application
Activité
On considère \(E = \{1, 2, 3\}\), \(F = \{a, b, c, d\}\) et trois « relations » de \(E\) vers \(F\) :
| Relation 1 | Relation 2 | Relation 3 |
| \(1 \mapsto a,\;\; 2 \mapsto b\) | \(1 \mapsto a,\;\; 1 \mapsto b,\;\; 2 \mapsto c,\;\; 3 \mapsto d\) | \(1 \mapsto a,\;\; 2 \mapsto b,\;\; 3 \mapsto a\) |
| (\(3\) n’a pas d’image) | (\(1\) a deux images) | (Tout est bien défini) |
Lesquelles sont des « applications » ?
Définition
Soient \(E\) et \(F\) deux ensembles. Une application \(f\) de \(E\) vers \(F\) est un procédé qui associe à chaque élément \(x\) de \(E\) un unique élément \(y\) de \(F\), appelé l’image de \(x\) par \(f\), et noté \(f(x)\). On écrit :
\[f : E \to F, \quad x \mapsto f(x).\]
\(\bullet\)\(E\) est l’ensemble de départ.
\(\bullet\)\(F\) est l’ensemble d’arrivée.
\(\bullet\)L’élément \(f(x)\) est appelé l’image de \(x\) par \(f\).
\(\bullet\)Si \(f(x) = y\), on dit que \(x\) est un antécédent de \(y\) par \(f\) (un même \(y\) peut avoir plusieurs antécédents, ou aucun).
Remarque
Deux conditions essentielles dans la définition d’une application :
-
Existence : tout élément de \(E\) a une image.
-
Unicité : cette image est unique.
L’ensemble des applications de \(E\) vers \(F\) se note \(\mathcal{F}(E, F)\) ou \(F^E\).
Égalité de deux applications
Définition
Deux applications \(f : E \to F\) et \(g : E' \to F'\) sont égales, et on écrit \(f = g\), si :
\[E = E' \;\text{ et }\; F = F' \;\text{ et }\; (\forall x \in E)\;\; f(x) = g(x).\]
Exemple
Les applications suivantes sont distinctes bien qu’elles aient la même « formule » :
\[f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2 \quad ; \quad g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+,\; x \mapsto x^2.\]
L’ensemble d’arrivée diffère (\(\mathbb{R}\) vs \(\mathbb{R}_+\)).
Restriction et prolongement
Définition
Soit \(f : E \to F\) et \(A \subset E\).
\(\bullet\)La restriction de \(f\) à \(A\), notée \(f_{|A}\) (ou \(f|_A\)), est l’application
\[f_{|A} : A \to F, \quad x \mapsto f(x).\]
On a donc \(f_{|A}(x) = f(x)\) pour tout \(x \in A\).
\(\bullet\)Réciproquement, \(f\) est appelée un prolongement de \(f_{|A}\) à \(E\).
Exemple
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). Sa restriction à \(\mathbb{R}_+\) est l’application \(f_{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R},\; x \mapsto x^2\). Cette dernière a une propriété nouvelle (croissance stricte) que \(f\) n’a pas sur \(\mathbb{R}\) entier.
Image directe et image réciproque
Dans toute cette section, \(f : E \to F\) désigne une application, \(A\) une partie de \(E\), \(B\) une partie de \(F\).
Image directe d’une partie
Définition
L’image directe de \(A\) par \(f\), notée \(f(A)\), est l’ensemble des images par \(f\) des éléments de \(A\) :
\[f(A) = \{\, f(x) \;|\; x \in A\,\} = \{\, y \in F \;|\; (\exists x \in A)\; y = f(x)\,\}.\]
Remarque
\(f(A)\) est une partie de \(F\) (\(f(A) \subset F\)).
Cas particulier : l’image directe de \(E\) tout entier, \(f(E)\), est appelée l’image (ou la plage) de \(f\), parfois notée \(\mathrm{Im}(f)\).
Exemple
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) et \(A = [-1\,;\,2]\).
\[f(A) = \{\, x^2 \;|\; x \in [-1\,;\,2]\,\} = [0\,;\,4].\]
En effet, pour \(x \in [-1, 2]\), \(|x| \in [0, 2]\), donc \(x^2 \in [0, 4]\). Réciproquement, tout \(y \in [0, 4]\) admet \(\sqrt{y} \in [0, 2] \subset [-1, 2]\) comme antécédent.
Image réciproque d’une partie
Définition
L’image réciproque de \(B\) par \(f\), notée \(f^{-1}(B)\), est l’ensemble des éléments de \(E\) dont l’image est dans \(B\) :
\[f^{-1}(B) = \{\, x \in E \;|\; f(x) \in B\,\}.\]
Remarque
Attention : la notation \(f^{-1}(B)\) ne suppose pas que \(f\) admette une bijection réciproque. C’est simplement une notation pour l’ensemble des antécédents collectifs des éléments de \(B\).
\(f^{-1}(B)\) est une partie de \(E\) (\(f^{-1}(B) \subset E\)).
Exemple
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) et \(B = [1, 4]\).
\[f^{-1}(B) = \{\, x \in \mathbb{R} \;|\; 1 \leq x^2 \leq 4\,\} = [-2, -1] \cup [1, 2].\]
Propriétés
Proposition
Soient \(f : E \to F\), \(A, A' \subset E\) et \(B, B' \subset F\).
(a) \(\;A \subset A' \Rightarrow f(A) \subset f(A')\) et \(B \subset B' \Rightarrow f^{-1}(B) \subset f^{-1}(B')\).
(b) \(\;f(A \cup A') = f(A) \cup f(A')\).
(c) \(\;f(A \cap A') \subset f(A) \cap f(A')\) (en général pas d’égalité).
(d) \(\;f^{-1}(B \cup B') = f^{-1}(B) \cup f^{-1}(B')\).
(e) \(\;f^{-1}(B \cap B') = f^{-1}(B) \cap f^{-1}(B')\).
(f) \(\;A \subset f^{-1}(f(A))\) et \(f(f^{-1}(B)) \subset B\) (inclusions, pas d’égalité en général).
Démonstration
(d) Image réciproque d’une réunion. Soit \(x \in E\).
\[\begin{align*} x \in f^{-1}(B \cup B') &\;\Leftrightarrow\; f(x) \in B \cup B' \\ &\;\Leftrightarrow\; \bigl(f(x) \in B\bigr) \vee \bigl(f(x) \in B'\bigr) \\ &\;\Leftrightarrow\; (x \in f^{-1}(B)) \vee (x \in f^{-1}(B')) \\ &\;\Leftrightarrow\; x \in f^{-1}(B) \cup f^{-1}(B'). \end{align*}\]
(c) Inégalité stricte pour l’intersection. Soit \(y \in f(A \cap A')\) : il existe \(x \in A \cap A'\) avec \(y = f(x)\). Alors \(x \in A\), donc \(y \in f(A)\) ; et \(x \in A'\), donc \(y \in f(A')\). D’où \(y \in f(A) \cap f(A')\).
Contre-exemple à l’égalité. Prendre \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}\), \(x \mapsto x^2\), \(A = \{-1\}\), \(A' = \{1\}\). Alors \(A \cap A' = \emptyset\), donc \(f(A \cap A') = \emptyset\). Mais \(f(A) = f(A') = \{1\}\), donc \(f(A) \cap f(A') = \{1\} \neq \emptyset\). \(\square\)
Application
-
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\). Calculer \(f([0, 3])\) et \(f^{-1}([-1, 5])\).
-
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2 - 2x\). Calculer \(f^{-1}(\{0\})\) et \(f^{-1}([-1, 3])\).
-
Démontrer la propriété (b) : \(f(A \cup A') = f(A) \cup f(A')\).
Injection, surjection, bijection
Soit \(f : E \to F\) une application.
Application injective
Définition
On dit que \(f\) est injective (ou que \(f\) est une injection) lorsque tout élément de \(F\) a au plus un antécédent par \(f\), autrement dit :
\[(\forall x_1, x_2 \in E)\;\; f(x_1) = f(x_2) \Rightarrow x_1 = x_2.\]
De manière équivalente (par contraposée) :
\[(\forall x_1, x_2 \in E)\;\; x_1 \neq x_2 \Rightarrow f(x_1) \neq f(x_2).\]
Exemple
L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est injective. En effet, si \(f(x_1) = f(x_2)\) alors \(2x_1 + 1 = 2x_2 + 1\), donc \(x_1 = x_2\).
Non-injective : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\). On a \(g(-1) = g(1) = 1\) mais \(-1 \neq 1\).
Devient injective sur \(\mathbb{R}_+\) : la restriction \(g_{|\mathbb{R}_+} : \mathbb{R}_+ \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\) est injective.
Application surjective
Définition
On dit que \(f\) est surjective (ou que \(f\) est une surjection) lorsque tout élément de \(F\) a au moins un antécédent par \(f\) :
\[(\forall y \in F)(\exists x \in E)\;\; y = f(x).\]
Cela équivaut à : \(f(E) = F\) (l’image de \(f\) est l’ensemble d’arrivée tout entier).
Exemple
L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est surjective. Pour tout \(y \in \mathbb{R}\), \(x = \tfrac{y - 1}{2}\) vérifie \(f(x) = y\).
Non-surjective : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\). Aucun réel \(x\) ne donne \(g(x) = -1\), donc \(g\) n’est pas surjective.
Devient surjective sur \(\mathbb{R}_+\) : \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+, \; x \mapsto x^2\) est surjective (tout \(y \geq 0\) admet \(\sqrt{y}\) pour antécédent).
Application bijective
Définition
On dit que \(f\) est bijective (ou que \(f\) est une bijection) lorsqu’elle est à la fois injective et surjective :
\[(\forall y \in F)(\exists\, ! x \in E)\;\; y = f(x).\]
Tout élément de \(F\) a alors un unique antécédent dans \(E\).
Exemple
L’application \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) est bijective (injective et surjective).
L’application \(\mathrm{id}_E : E \to E, \; x \mapsto x\) (application identité de \(E\)) est bijective.
Bijection réciproque
Définition
Soit \(f : E \to F\) une bijection. La bijection réciproque de \(f\), notée \(f^{-1}\), est l’application
\[f^{-1} : F \to E \quad \text{définie par} \quad f^{-1}(y) = \text{l'unique } x \in E \text{ tel que } f(x) = y.\]
Proposition
Soit \(f : E \to F\) une bijection.
(a) \(\;f^{-1}\) est elle-même une bijection, et \((f^{-1})^{-1} = f\).
(b) Pour tout \(x \in E\) : \(\;f^{-1}(f(x)) = x\).
(c) Pour tout \(y \in F\) : \(\;f(f^{-1}(y)) = y\).
(d) Caractérisation : Si \(g : F \to E\) vérifie \(g \circ f = \mathrm{id}_E\) et \(f \circ g = \mathrm{id}_F\), alors \(f\) est bijective et \(g = f^{-1}\).
Démonstration
(d). Supposons \(g \circ f = \mathrm{id}_E\) et \(f \circ g = \mathrm{id}_F\).
\(f\) injective : si \(f(x_1) = f(x_2)\), en appliquant \(g\) : \(g(f(x_1)) = g(f(x_2))\), c’est-à-dire \(x_1 = x_2\) (puisque \(g \circ f = \mathrm{id}_E\)).
\(f\) surjective : soit \(y \in F\). Posons \(x = g(y) \in E\). Alors \(f(x) = f(g(y)) = (f \circ g)(y) = \mathrm{id}_F(y) = y\). Donc \(y\) admet \(x\) pour antécédent.
Conclusion : \(f\) est bijective. Pour tout \(y \in F\), l’unique antécédent de \(y\) est \(x = g(y)\) ; donc \(f^{-1}(y) = g(y)\), soit \(g = f^{-1}\). \(\square\)
Exemple
Soit \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\).
Pour \(y \in \mathbb{R}\), résolvons \(y = 2x + 1 \Leftrightarrow x = \tfrac{y-1}{2}\). Donc
\[f^{-1} : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; y \mapsto \tfrac{y-1}{2}.\]
Vérification : \(f^{-1}(f(x)) = \tfrac{(2x+1)-1}{2} = x\). \(\checkmark\)
Méthode
Pour déterminer si \(f : E \to F\) est bijective et trouver \(f^{-1}\) :
-
Soit \(y \in F\). Résoudre l’équation \(f(x) = y\) d’inconnue \(x \in E\).
-
Si pour tout \(y\), l’équation admet une unique solution \(x\), alors \(f\) est bijective et \(f^{-1}(y)\) est cette solution.
Application
-
Étudier l’injectivité, la surjectivité et la bijectivité, puis déterminer la bijection réciproque le cas échéant :
-
\(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 3x - 5\).
-
\(g : \mathbb{R} \to [0, +\infty[, \; x \mapsto x^2\).
-
\(h : [1, +\infty[ \to [0, +\infty[, \; x \mapsto x^2 - 1\).
-
-
Soit \(f : \mathbb{R}^* \to \mathbb{R}^*, \; x \mapsto \dfrac{1}{x}\). Montrer que \(f\) est bijective et déterminer \(f^{-1}\).
Composition d’applications
Définition
Définition
Soient \(f : E \to F\) et \(g : F \to G\) deux applications. La composée \(g \circ f\) est l’application
\[g \circ f : E \to G, \quad x \mapsto g(f(x)).\]
On lit « \(g\) rond \(f\) » (ou « \(g\) après \(f\) », puisqu’on applique d’abord \(f\) puis \(g\)).
Remarque
Important : pour que \(g \circ f\) soit définie, l’ensemble d’arrivée de \(f\) doit coïncider avec l’ensemble de départ de \(g\).
Attention : la composition n’est pas commutative en général. \(g \circ f\) et \(f \circ g\) peuvent même ne pas être toutes les deux définies.
Exemple
Soient \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x + 1\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^2\).
\(\bullet\)\(g \circ f : x \mapsto g(f(x)) = g(x+1) = (x+1)^2\).
\(\bullet\)\(f \circ g : x \mapsto f(g(x)) = f(x^2) = x^2 + 1\).
On voit que \(g \circ f \neq f \circ g\) (par exemple, en \(x = 1\), \(g \circ f(1) = 4\) et \(f \circ g(1) = 2\)).
Propriétés
Proposition
Soient \(f : E \to F\), \(g : F \to G\), \(h : G \to H\) des applications.
(a) Associativité : \(\;(h \circ g) \circ f = h \circ (g \circ f)\).
(b) Identité : \(\;f \circ \mathrm{id}_E = f\) et \(\mathrm{id}_F \circ f = f\).
(c) Injectivité : si \(f\) et \(g\) sont injectives, alors \(g \circ f\) est injective.
(d) Surjectivité : si \(f\) et \(g\) sont surjectives, alors \(g \circ f\) est surjective.
(e) Bijectivité : si \(f\) et \(g\) sont bijectives, alors \(g \circ f\) est bijective et \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\).
Démonstration
(a) Associativité. Pour tout \(x \in E\) :
\[\bigl((h \circ g) \circ f\bigr)(x) = (h \circ g)(f(x)) = h(g(f(x))) \quad ; \quad \bigl(h \circ (g \circ f)\bigr)(x) = h\bigl((g \circ f)(x)\bigr) = h(g(f(x))).\]
Les deux applications coïncident sur \(E\), donc sont égales.
(c) Injectivité. Supposons \(f, g\) injectives. Soit \(x_1, x_2 \in E\) tels que \((g \circ f)(x_1) = (g \circ f)(x_2)\). Alors \(g(f(x_1)) = g(f(x_2))\). Comme \(g\) est injective, \(f(x_1) = f(x_2)\). Comme \(f\) est injective, \(x_1 = x_2\). Donc \(g \circ f\) est injective.
(e) Inverse de la composée. Si \(f, g\) bijectives, \(g \circ f\) est bijective d’après (c) et (d). Montrons \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\) en utilisant la caractérisation : il suffit de vérifier que \((f^{-1} \circ g^{-1}) \circ (g \circ f) = \mathrm{id}_E\) et \((g \circ f) \circ (f^{-1} \circ g^{-1}) = \mathrm{id}_G\).
Par associativité :
\[(f^{-1} \circ g^{-1}) \circ (g \circ f) = f^{-1} \circ (g^{-1} \circ g) \circ f = f^{-1} \circ \mathrm{id}_F \circ f = f^{-1} \circ f = \mathrm{id}_E.\]
Symétriquement pour l’autre. \(\square\)
Décomposition d’une application
Décomposer une application complexe, c’est l’écrire comme composée d’applications plus simples. Cette technique est essentielle pour étudier les propriétés (continuité, dérivabilité…) au lycée.
Exemple
Soit \(\varphi : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto \sqrt{x^2 + 1}\). On peut décomposer :
\[\varphi = h \circ g \circ f\]
avec
\[f : x \mapsto x^2 \quad ; \quad g : t \mapsto t + 1 \quad ; \quad h : u \mapsto \sqrt{u}.\]
On précise les domaines : \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}_+\), \(g : \mathbb{R}_+ \to [1, +\infty[\), \(h : [1, +\infty[ \to [1, +\infty[\).
Vérification : \(h(g(f(x))) = h(g(x^2)) = h(x^2 + 1) = \sqrt{x^2 + 1} = \varphi(x)\). \(\checkmark\)
Application
-
Soient \(f : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto 2x + 1\) et \(g : \mathbb{R} \to \mathbb{R}, \; x \mapsto x^3\). Calculer \(g \circ f\) et \(f \circ g\).
-
Décomposer en composée d’applications simples :
-
\(x \mapsto (3x - 7)^4\).
-
\(x \mapsto \dfrac{1}{x^2 + 1}\).
-
\(x \mapsto \sqrt{1 - x}\) (sur \(]-\infty, 1]\)).
-
-
Démontrer la propriété (d) : si \(f\) et \(g\) sont surjectives, alors \(g \circ f\) est surjective.
Synthèse
Correspondance logique – opérations ensemblistes
| Logique | Ensembles | Lecture |
|---|---|---|
| \(P \wedge Q\) | \(A \cap B\) | et / intersection |
| \(P \vee Q\) | \(A \cup B\) | ou / réunion |
| \(\overline{P}\) | \(\overline{A}\) | non / complémentaire |
| \(P \Rightarrow Q\) | \(A \subset B\) | si…alors / inclusion |
| \(P \Leftrightarrow Q\) | \(A = B\) | équivaut / égal |
Synoptique des opérations
| Notation | Définition |
|---|---|
| \(A \cap B\) | \(\{\, x \;|\; x \in A \,\text{ et }\, x \in B\,\}\) |
| \(A \cup B\) | \(\{\, x \;|\; x \in A \,\text{ ou }\, x \in B\,\}\) |
| \(\overline{A}\) | \(\{\, x \in E \;|\; x \notin A\,\}\) |
| \(A \setminus B\) | \(\{\, x \in A \;|\; x \notin B\,\} = A \cap \overline{B}\) |
| \(A \bigtriangleup B\) | \((A \cup B) \setminus (A \cap B) = (A \setminus B) \cup (B \setminus A)\) |
| \(A \times B\) | \(\{\, (x, y) \;|\; x \in A,\, y \in B\,\}\) |
| \(\mathcal{P}(E)\) | \(\{\, A \;|\; A \subset E\,\}\), de cardinal \(2^{\mathrm{Card}(E)}\) si \(E\) fini |
Caractérisations injection / surjection / bijection
| Type | Forme symbolique | Interprétation |
|---|---|---|
| Injection | \((\forall x_1, x_2)\, f(x_1) = f(x_2) \Rightarrow x_1 = x_2\) | Au plus un antécédent. |
| Surjection | \((\forall y \in F)(\exists x \in E)\, y = f(x)\) | Au moins un antécédent. |
| Bijection | \((\forall y \in F)(\exists\, ! x \in E)\, y = f(x)\) | Exactement un antécédent ; \(f^{-1}\) existe. |
Pièges classiques
Remarque
-
Confondre \(\in\) et \(\subset\). \(\{1\} \in \mathcal{P}(\{1,2\})\) mais \(\{1\} \subset \{1,2\}\), qui sont des relations différentes.
-
Confondre \(f^{-1}(B)\) (image réciproque) et la bijection réciproque \(f^{-1}\). La notation est la même, mais \(f^{-1}(B)\) existe toujours pour toute partie \(B\) ; la bijection réciproque, elle, n’existe que si \(f\) est bijective.
-
Image directe d’une intersection. \(f(A \cap B) \neq f(A) \cap f(B)\) en général ; seule l’inclusion \(f(A \cap B) \subset f(A) \cap f(B)\) est garantie.
-
Restriction et propriétés. Une application peut ne pas être injective sur \(E\) mais le devenir sur une partie \(A \subset E\) ; étudier la restriction est souvent utile.
-
Inverse de la composée. \((g \circ f)^{-1} = f^{-1} \circ g^{-1}\) (ordre inversé, comme pour les chaussettes-chaussures).
Fin du chapitre 2 – Ensembles et Applications